Vélib’ La transition déraille

Vélib’

La transition déraille

Publié le : 10/01/2018 

En Île-de-France, la transition vers le nouveau Vélib’ a calé au démarrage. Seules 64 stations sont opérationnelles depuis début janvier sur les 1 200 que comptait le service. Les usagers dénoncent un service inutilisable et réclament un dédommagement en conséquence.

 

Les 300 000 abonnés au service de vélos en libre-service Vélib’ Métropole, déployé à Paris et dans les villes limitrophes, avaient été prévenus : la transition entre JCDecaux et le nouvel opérateur Smovengo, qui a remporté le marché en avril 2017, allait être compliquée. Mais personne ne s’attendait à un tel fiasco.

En théorie, JCDecaux devait démonter la moitié de ses anciennes stations entre le 1er octobre et le 31 décembre, afin de laisser le temps à Smovengo de les remplacer par de nouvelles bornes, qui seraient opérationnelles au 1er janvier. L’autre moitié serait remplacée entre janvier et mars 2018. C’était promis : au 1er janvier, 600 stations seraient à disposition des usagers. Et 1 400 le 1er avril.

Las, en décembre, le groupement Smovengo a annoncé qu’une centaine de stations Vélib’ seulement seraient fonctionnelles en début d’année. Et, l’heure venue, ce ne sont finalement que 68 stations qui ont été comptabilisées, tandis que l’ensemble des anciennes bornes s’éteignait.

« Nous démarrons avec un niveau réduit mais les délais seront tenus », a insisté Smovengo. Face à la grogne des usagers, elle a assuré que 60 à 80 stations ouvriraient par semaine d’ici fin mars. Mais, au 9 janvier, ce ne sont plus que 64 stations qui sont disponibles (le chiffre varie en fonction des dysfonctionnements), soit 10 % de celles prévues initialement. Des arrondissements entiers de Paris n’ont aucune station ouverte et les communes de la petite couronne ont été complètement oubliées (à l’exception de deux stations ouvertes en Seine-Saint-Denis).

Un dédommagement trop léger

Pour compenser la dégradation du service, le Syndicat Autolib' Vélib' Métropole, la mairie de Paris et la Métropole du Grand Paris ont annoncé fin décembre des compensations :

  • les abonnés Vélib’ bénéficient d’un crédit de 3 heures offertes, pour tester sans surcoût les nouveaux Vélib’ électriques ou prolonger leur usage des vélos mécaniques ;
  • les personnes désirant s’abonner au service en janvier, février ou mars bénéficient de 50 % de réduction sur leur tarif mensuel.

Pour les abonnés, qui disposent déjà de 30 ou 45 minutes de gratuité par trajet, ces trois heures « offertes » en dédommagement ne compensent pas les désagréments subis, loin s’en faut. « Offrir des heures gratuites à des usagers privés de leur service. On aurait pu trouver encore pire comme dédommagement », ironise Laure sur Twitter. « Ce ne sont pas des heures gratuites que l'on doit avoir en dédommagement mais un remboursement proportionnel au temps où l'on ne peut pas utiliser le forfait », abonde Laurent.

Une pétition a même été créée sur Change.org : elle réclame la gratuité du service pour les abonnés « tant que le 1er objectif de 600 stations en état n'est pas atteint ». Plusieurs abonnés, obligés de reprendre le métro faute de vélo, n’ont pas hésité à contacter Vélib’ pour tenter d’obtenir le remboursement de leur pass Navigo. La réponse est négative.

Dans un communiqué diffusé le 5 janvier, les groupes UDI-MoDem et Républicains au conseil de Paris ont dénoncé un « fiasco » et pointent un « retard intolérable ». Ils demandent un dédommagement pour les utilisateurs « à la hauteur du préjudice subi », soit 6 mois de gratuité pour les abonnés au vélo traditionnel.

Interrogé par Le Figaro, Jorge Azevedo, directeur général de Smovengo, le promet : « Nous allons rattraper notre retard et nous aurons installé les 1 400 stations prévues au printemps ». Le printemps se terminant le 20 juin, les usagers ne sont peut-être pas au bout de leurs surprises.

Tarifs en hausse et bugs à répétition

L’important retard de déploiement du service n’est pas le seul sujet à agacer les usagers. Ils pointent aussi l’imprécision de l’application mobile, un service client inefficace, l’absence de calendrier de déploiement et, pour ceux qui ont une station ouverte à proximité, des bornes défectueuses ne permettant pas toujours d’emprunter ou déposer un vélo. Ceci alors que les tarifs des nouveaux Vélib’ a évolué fortement à la hausse. L’abonnement annuel à 29 € est passé à 37,20 € pour le Vélib’ classique (99,60 € pour les modèles électriques). Pour les utilisateurs occasionnels, le forfait à la journée est passé de 1,70 € à 5 € et de 8 à 15 € pour le forfait à la semaine.